Voici donc bientôt deux mois que nous sommes partis. Après-demain nous attaquerons une autre ère de notre voyage que vous attendez tous impatiemment : le travail à la ferme. Nous n'allons pas avoir internet donc nous ne donnerons plus de nouvelles pendant 15 jours minimum (un mois nous espérons car cela voudra dire que nous nous y plaisons et restons). Donc il est temps pour moi aussi de faire un petit bilan et de vous en tartiner un paquet pour que vous ayez à lire pour un mois. De mon côté je ne vais pas faire de phrases compliquées auxquelles vous ne comprendrez rien, ni de poésie ou de philo. Ce n'est pas mon domaine, je tiens de mon père... on fait dans le comique pas super drôle. Mais on aime ça. Et je vais parsemer cela de fautes d'orthographe pour que vous puissiez les corriger pendant mon absence webienne. C'est proportionnel à la taille du post... vous allez en baver.
Bref, un mois et demi que nous sommes en vacances. J'utilise ce mot interdit ici (vacances) même si cela hérisse le poil de Jean-Marc (je peux parler d'hérissement de poils car avec sa moustache il ressemble un peu à une loutre ou un phoque barbu par moment). Il préfère le mot voyage. C'est plus chic il faut dire et ça fait moins glandeurs. Tu parles... comme dit Charlie-qui-joue-au-rami-sous-la-neige c'est un voyage qui a franchement goût de vacances. Pour l'instant on s'éclate, on découvre, on se repose, on se paye même le luxe de ne rien faire pendant plusieurs jours d'affiler. Jean-Marc essaye un peu de se déconnecter de l'autre monde en n'allant pas trop sur internet... pour finalement retrouver sa boîte débordant de mails tous les 15 jours. La mienne n'a pas le temps de déborder car j'assume pleinement mon rôle de reporter-photographe et je ne le manquerai pour rien au monde. Quel intérêt y a-t-il à aller découvrir le monde si ce n'est pas pour partager ce que l'on voit. Et je dirais même quel intérêt y-a-t'il à être séparé des siens par une si longue distance si ce n'est pour découvrir qu'on a plus envie de communiquer avec eux qu'on ne l'aurait cru... et que quand on est simplement à 500 (voir 30)kilomètres d'eux.
Alors deux mois... On commence à se rendre compte que ça passe beaucoup plus vite que prévu. Vous avez sûrement remarqué le même phénomène étrange que moi : vous partez en vacances et les premiers jours passent à une vitesse raisonnable. Vous êtes content au bout d'une semaine parce qu'il vous reste le double voir le triple de temps de vacances. Mais inexplicablement l'échelle temps change. Et vos deux dernières semaines réunies passent beaucoup plus vite que la première (sauf si vous êtes partis avec des amis très casse-bonbons, dans ce cas vous êtes contents de rentrer). Ce n'est pas juste. Et c'est exactement ce qui nous arrive. On aura sûrement pas le temps de suivre le programme prévu. Le prix des billets d'avion n'y est pas pour rien non plus. Et en plus on commence à avoir des envies qui changent. Heureusement que l'on n'a pas pris un billet tour du monde avec vols préarrangés. D'ailleurs on commence aussi à avoir des envies qui diffèrent. Après l'estancia je pars en Nouvelle-Zélande le 20 janvier, Jean-Marc n'y arrivera que fin février.
De mon côté j'en ai marre de ne pas pouvoir communiquer en espagnol et je me sens un peu "hors du pays". Les seules vraies conversations qu'on a eu avec des Chiliens étaient en anglais ou français et ce n'est arrivé que deux fois en deux mois... Trop peu. Alors pour bosser... ça fait léger. Et puis j'ai hâte de parfaire mon anglais et de pouvoir me débrouiller seule car j'ai trop tendance à laisser Jean-Marc tout gérer quand il est là. Alors que je sais pertinemment que je ne suis pas une cruche ! Non mais. Et puis plein d'autres raisons d'ailleurs qui font que ce serait dommage de ne pas suivre le chemin voulu alors qu'on a qu'un an pour le faire. De toute façon ceux qui nous connaissent bien savent que 15 jours de vacances tous les deux c'est déjà pas mal... Alors là on aura passé 3 mois d'affiler ensemble. Un peu le record inattendu qui mérite d'entrer dans le Guiness book.
Je continu, je n'ai pas fini, mais vous pouvez faire une pause si vous le désirez.
Côté pensées les miennes vont moins loin que celles de Jean-Marc. Pas étonnant me direz vous. Je pense surtout au voyage et pas vraiment au retour. Je rêve des plaines vides du Saskatchewan et du Nebraska (vous pouvez sortir vos mappemondes ça ne vous fera pas de mal, je rigole... sauf pour toi Céline), des ours de l'île Kodiak, et de ceux de Churchill, des fjords Nouveaux-Zélandais, des vaches que je vais peut-être traire (ou dont je vais nettoyer la bouse, c'est moins romantique)... Le reste je m'en fou, je veux juste en profiter.
Et je pense à vous, surtout à ma famille en ce moment car Noël approche et je sais que ce ne sera pas facile des deux côtés de l'océan. Et même si Jean-Marc se réjoui de découvrir Noël ici et que d'habitude je ne suis pas une grande adoratrice des fêtes de fin d'année, je ne pense pas qu'il y ait un seul moment de l'année où on a plus besoin d'être avec sa famille. En plus ici le père Noël est en manteau de fourrure au milieu des touristes en t-shirt. Ça craint un peu...
Bref après-demain, une nouvelle expérience s'ouvre à nous. On arrive pendant la tonte des moutons. Cela s'annonce bien. Ils pourront peut-être me couper les cheveux au passage... J'espère quand même que ce n'est pas une expérience trop violente pour ces pauvres bêtes, et surtout qu'on ne va pas m'en mettre dans mon assiette... Nous ne savons pas encore trop ce que nous allons faire, visiblement planter des trucs, faire des barrières, de la maçonnerie. En tout cas j'ai hâte de partager le quotidien que de nombreuses personnes vivent en Argentine, de voir les mythiques gauchos et leur travail, de faire des câlins aux moutons et de changer du tourisme. Le changement, toujours le changement. C'est ce qui nous fait avancer.
Avant de vous laisser : un petit point sur ce qui me manque (de matériel) ou pas et ce que j'ai aimé particulièrement jusque là...
Ce qui me manque (terriblement) :
- Le cinéma. Vous ne pouvez pas savoir le désarroi qui me traverse quand je passe devant une salle de ciné où ils jouent James Bond (déjà vu) et El Regalo (pas vu car en Espagnol), les deux seuls films d'Amérique du Sud... Je rêve d'un petit film indépendant et je ne regarde pas allociné de peur de pleurer devant la programmation française. Auckland a intérêt à assurer côté ciné.
- Ma brosse à dent électrique. Pas prise tout ça parce que JM rêvait de liberté et qu'il fallait avoir le sac à dos le plus léger possible... Il vient de s'acheter une tondeuse d'une tonne le traître ! Et moi je n'ai pas les dents aussi lisses que d'habitude, et pourtant j'y met de l'énergie.
- du VRAI fromage. Il y a des jours où je regrette amèrement d'avoir été élevée dans la vénération de cet aliment introuvable autre part qu'en France.
Ce qui ne me manque pas et pourtant j'aurai cru :
- Le choix vestimentaire. Quatre t-shirts différents c'est trop. Heureusement la plupart du temps j'en ai deux de sales. Si j'avais su j'aurai pris 4 mêmes t-shirts, 4 mêmes slips et 4 mêmes paires de chaussettes... Ça aurait limité les questions philosophiques le matin. D'autant plus que je mets toujours le même (mon préféré) et que je ne me rend même plus compte quand je ne le change pas pendant 5 jours.
- La musique. Difficile de mettre son casque sur les oreilles quand on peut écouter le vent, le torrent, la pluie sur la tente. Combien de fois sur le bateau j'ai pensé écouter un peu de musique et me suis ravisé en tendant l'oreille et en entendant le clapotis de l'eau et le bruit du moteur (ben oui même ça c'est agréable) ? Donc la musique c'est dans le bus, et encore...
Ce qui ne risque pas de manquer (parce qu'on en trouve partout)
- Des Français qui râlent et qui ne sont jamais contents...
- Les trucs qu'il faut qu'on fasse et que l'on repousse au lendemain : la poste (on a d'ailleurs des colis qui vont attendre un mois...), la compagnie aérienne, envoyer un mail.
Et enfin ce que j'ai le plus apprécié pour l'instant :
- Le Machu Pichu et Ruben qui vient s'asseoir avec nous sur notre banc de fortune. Grâce à lui nous avons passé d'autres moment inoubliables.
- L'arrivée à Iquique au coucher du soleil avec la vue sur la banlieue toute en couleur. La frustration de ne pas pouvoir descendre du bus pour faire ralentir l'image, et donc la certitude de devoir profiter de chaque seconde.
- Les herbes jaunes de la Péninsule Poike sur l'île de Pâques au levé du soleil. Et plus généralement la première heure passée hors de la tente pendant que Jean-Marc dormait les matins de la randonnée. Le calme, le soleil qui se pointe et moi qui suis seule au monde.
- Les 4 jours sur le ferry. Son ambiance, la douce mélodie du moteur pour s'endormir, l'envie de vomir du 2ème soir...
- La partie de carte sous la neige (mais on vous a assez bassiné avec ça...).
- Les villes de bord de mer. Même si on ne la voit pas, la mer, elle est là et on le sent.
- Le jour où j'ai gagné une petite culotte anglaise à ma taille (pas la peine d'insister je ne communiquerai pas cet élément) en récupérant mon linge. Les choses gratuites sont rares quand on est touriste.
- La semaine passée à Ushuaia à ne rien faire sauf des rencontres.
- Voir un manchot traverser notre chemin en faisant comme si de rien n'était.
- Recevoir vos emails. Et oui, ça fait un bien fou...
Voilà je vous laisse et je vous dis à dans 15 jours ou un mois. Maman tu vas enfin avoir le temps de tout lire.
samedi 6 décembre 2008
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7 commentaires:
En parlant de cruche je pense à un proverbe chinois qui dit :
"quand tu tapes ta tête contre une cruche et que çà sonne creux n'en déduis pas trop vite que la cruche est vide!"
mais non, Marie tu n'es pas une cruche, d'ailleurs c un peu ce que je ressentais quand je te laissais tout gérer. mais des fois çà a du bon de faire la cruche...:)
j'ai rattrapé tout mon retard ce soir, que vais-je lire pendant 1 mois? votre site est toujours aussi agréable.
bises
Coucou vous deux,
j'ai toujours voulu être un berger, vous m'apprendrez à tondre un mouton à votre retour. Qui sait, je vais peut-être me convertir !
Quant à la maçonnerie, avec les travaux chez les ploucs, vous êtes des pros !!!
Bon courage à tous les deux !
Salut a tous les deux!
On vient d'arriver a Puerto Natales avec le groupe et on a suivi vos conseils de routards avertis en allant manger un hamburger enorme a la Picada de Carlitos. Un vrai regal!
Merci de nous tous pour le tuyau.
A l'heure ou vous lirez ces qq mots, vous serez probablement entrain d'ecrire une nouvelle page de votre voyage, plus pres des autochtones. Je suis content d'avoir conclu avec vous le premier chapitre.
Bonne continuation!
Un petit mot d'Hélène, toujours la soeur de Anne et qui envisage de devenir argentine d'adoption: je suis RAVIE de voir que vous perpétuez la tradition des sous-vêtements récupérés le long du voyage!
J'ai moi-même "gagné" un caleçon long chilien de toute beauté!!!
Profitez-en bien, moi je déprime de plus y être!
A++
et bonne traite!
Salut chiffon et carpette,Je reponds avec retard à votre message.Marie, tu auras mon mot au retour du travail de la ferme.Je pense que ça va vous faire un bien fou:de la bouse,des odeurs,du lait caillé au petit dej...
Enfin que du bonheur,par rapport à notre stress permanent d'européen
Grosses bises,et à bientot
Nath la tata de la gaude
Bonjour à tous les deux. Je viens régulièrement suivre vos aventures à travers vos récits et vous savez capter mon attention. Ca va être long 1 mois (même 2 semaines) sans nouvelles... Surtout écrivez au fur et à mesure où vous allez en oublier parce que j'espère ne rien manquer et tout lire en une fois (si ce post est long, j'imagine après 1 mois - lol). Je vous envoie quelques flocons de neige et vous souhaite un peu à l'avance, un très Joyeux Noël. Bises et bonne continuation. Isabelle Soltys.
Quel suspense insoutenable...
Belles pensées pour les fêtes qui approchent,
Benjamin.
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