Et voilà, deuxième trajet avec Greyhound. Un peu plus long cette fois-ci : 17 heures. Et une vraie expérience. Je n'ai pas dis bonne, j'ai dis vraie...
La station de San Francisco n'est qu'un avant goût de ce qui va venir. Elle est glauque, presque vide et un mec à moitié imbibé me demande si je fais du trek. Je lui dis non. Je ne vais pas commencer à lui raconter ma vie, visiblement il prend le même bus que moi et il nous reste une heure à attendre. Bien sûr, j'ai oublié que mon bâton de marche est accroché à mon sac à dos et qu'on ne voit que cela....
A Sacramento, je change de bus. Sacramento c'est la capitale de la Californie pour ceux qui ne le savent pas. D'habitude les gares sont pleines de familles, de routards et de femmes. Là, je suis dans un autre monde, le spectacle de la gare est piteux. Elle est remplie de gars seuls à la tête pas franchement sympathique et seuls un groupe de femmes latinos et deux touristes japonais sauvent un peu le paysage. Parce que sinon, j'ai plutôt l'impression d'être dans un foyer de sans abris : vêtements sales et troués, obèses (à San Francisco et Los Angeles on oublie presque que l'obésité existe aux USA), certains semblent avoir toute leur vie dans leur sac de 30 litres.
C'est quand même ironique, qu'après avoir pris le bus dans tant de pays différents et pauvres, le seul pays où je ne me sente pas à l'aise soit le pays le plus civilisé où je mette les pieds.
Vient l'heure de monter en bus. Dans les bus Greyhound le premier monté est le premier servi, il n'y a pas de place prédéterminée. Et les gens font donc la queue devant la porte d'embarquement avec leurs sacs. Je me mets derrière tous les gars avec qui je n'ai pas envie de m'asseoir, comme ça je pourrais les éviter. C'est une chose de discuter quinze minutes avec un gars qui sent l'alcool ou la pisse, s'en est une autre de se le taper pendant 17 heures...
Quand je monte dans le bus je me trouve une place près du conducteur et c'est un pépé qui s'assoit à côté de moi. Deux femmes se gueulent dessus comme des poissonnières parce que l'une dit à l'autre qu'il faut qu'elle laisse le siège à côté d'elle libre car le bus est plein. La fille devant moi a besoin d'un psy. Ça tombe bien elle est à côté d'un gars qu'elle ne connaît pas mais qui écoute. Elle déballe tout : elle a 24 ans, 4 mômes et est en plein divorce. Avant le premier arrêt elle est en train d'embrasser le "psy" à pleine gorge. Le monde ne tourne pas rond.
De mon côté ça sent la pisse. Le pépé? les sièges? l'aération? Je laisse tomber l'enquête et enfoui ma tête dans mon pull pour dormir.
Le comble c'est que les bus Greyhound sont les moins confortables que j'ai eu l'occasion de prendre. Seul de bus entre le lac Titicaca et La Paz peut à la limite rivaliser avec. Mais à l'époque un Islandais beau comme un dieu était juste devant nous et j'aurais pu y passer 4 jours sans râler... Greyhound sont aussi les seuls bus où tu n'as le droit ni à un oreiller, ni à une couverture pour la nuit. Mais ils présentent un avantage énorme : il n'y a pas de télévision et ça m'évitera donc de devoir me taper "Armagedon" le son au maximum. Comme dans tous les bus du monde, il y fait soit une chaleur insupportable, soit trop froid. Cette fois j'ai pris ma polaire et toutes les couches possibles, mais c'est le chauffage qui est à l'honneur...
Personne ne ronfle, tout le monde s'endort, le bus file sur l'autoroute.
Le prochain trajet me fera traverser la frontière canadienne et m'offrira 5 changements. Je pense que je vais me marrer. Ça tombe bien j'aurais 34 heures pour en profiter !
jeudi 14 mai 2009
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